Trois mois sans viande ni poisson. Je fais mon petit bilan ! Je ne reviendrai pas sur le bonheur de vivre enfin en fonction de mes goûts et de ma nature, ce sera la même chose dans six mois, dans un an. Chaque jour qui passe me conforte un peu plus dans mes décisions. Pas uniquement celle de manger végé. A dire vrai, ce blog aurait dû s’appeler, non pas «le choix de Cicerolle», mais «les choix…». Ceux de manger sain, en partie bio, de faire une impasse absolue sur tous les produits contenant de l’huile de palme, du sirop de glucose, qui sont mauvais pour notre santé à tous. J’en ai fait une règle d’or. C’est une victoire, petite mais salutaire, sur les mirages de l’industrie agro-alimentaire de masse, qui voudrait nous faire croire à grands coups de publicités que les produits transformés, raffinés, préparés, les biscuits et autres yaourts qu’ils nous vendent sont de qualité. Ma prochaine acquisition sera une yaourtière !    

Il semble que j’aie été bien inspirée de donner ici mon exemple de journée végétarienne et de le rendre accessible d’un simple clic, colonne de droite. Chaque jour ou presque, google amène ici un ou plusieurs visiteurs cherchant manifestement ce type d’information. Etant donné le coût de la vie, de plus en plus de gens seront amenés à se passer régulièrement de viande pour pouvoir payer leur essence : autant savoir comment équilibrer autrement ses repas.

Quand je donne l’adresse de ce blog, sur le forum végé que je fréquente, aux nouveaux venus cherchant conseils et orientation, ils écrivent souvent : «il est super, ton blog !». C’est cela qui me touche le plus, parce que ces pages ont ainsi pu aider, guider un peu, donner quelques repères. Précisément leur raison d’être !

Mais mon évolution ne s’arrête pas à la façon de manger. Je me rends compte que j’ai fait un sacré bond au niveau spirituel. Ayant réussi à dépasser mes a priori envers cette alimentation sans produit carné (peur de ne pas être rassasiée, etc), je réalise que je n’ai plus d’a priori sur rien ! C’est très agréable à vivre, je me sens beaucoup plus ouverte, et bien plus relax.

Dire qu’il y a encore des gens qui s’imaginent qu’une alimentation végétarienne, peut être source de carences nutritionnelles ! Dans ces conditions, comment se fait-il que je sois nettement plus en forme qu’avant ? J’ai préparé mon coup assez longuement et sérieusement pour affirmer qu’ils se trompent. Il y a ici suffisamment de liens vers des sites d’information pour se renseigner en toute objectivité.     

On pourrait croire qu’adopter ce type d’alimentation, soudain, vous coupe du monde, vous isole de la majorité des autres mangeurs, car il rejette certaines de leurs habitudes. En ce qui me concerne, c’est le contraire ! A travers ce blog, chaque nouvelle journée est source d’échanges, de contacts et d’ouverture sur les autres, d’où qu’ils viennent et quoi qu’ils mangent. C’est une joie de piocher des idées partout, de s’en inspirer, de tester des recettes venues parfois de loin. Les plats de viande et poisson vus ici ou là ? Ils sont en nette minorité sur nos blogs culinaires, ne trouvez-vous pas ? Cela fait des années que je débarrasse certaines recettes de leur viande. C’est comme un jeu. Maintenant plus que jamais, je ne regarde que l’accompagnement où je trouve souvent de très bonnes idées à inclure dans mes menus. Ceux qui en conclueraient que je ne suis pas une épicurienne et que je ne sais pas ce qui est bon en seraient pour leurs frais : depuis toujours je passe pour une gourmande invétérée.

Il paraît que la majorité des végés font ce choix par respect pour la cause animale. Soyons clairs, ce n’est pas mon cas. Je ne pense pas que mon petit choix personnel puisse avoir un quelconque effet sur la condition animale en ce monde.

Pourtant, et c’est le côté sombre de mon évolution intérieure, (le côté obscur de la Force, comme ils disent dans "la Guerre des Etoiles" !) je vis une douloureuse prise de conscience. Au fil des semaines, je me suis sentie happée, presque malgré moi, par le courant de pensée qui anime les défenseurs de la cause animale. Sorti du giron des omnivores, on voit les choses avec recul, avec une nouvelle et rude lucidité. On réalise à quel point la condition animale, dans notre monde, c’est surtout des mots, si peu d’actes. Nous savons admirablement compartimenter nos rapports avec les animaux, adorer notre chat, notre chien, avoir la larme à l’œil devant les reportages de sauvetages d’animaux sauvages en détresse, mais fermer les yeux devant les massacres et maltraitances qui nous permettent de satisfaire nos papilles. Après elles, le déluge. Sous prétexte de gastronomie on justifie toutes les cruautés. Il y a là quelque chose qui me dérange, une perversité, deux poids, deux mesures. Docteur Jekyll et Mister Hyde.

Sur le forum végétarien où je poste, on voit régulièrement arriver des jeunes disant qu’ils ont décidé de ne plus manger de viande après avoir été choqués par des vidéos circulant sur le net, montrant des animaux conduits à l’abattoir : l’animal n’est pas si bête qu’on l’imagine, il sent ce qu’on va lui faire et crie sa détresse. Des pieds à la tête, chaque partie de l’animal est utilisée comme un produit, une chose, comme le dit si bien cet article de Télérama, paru récemment : "la barbarie à usage humain". On trouve de la gélatine jusque dans les dentifrices. On a oublié qu’elle est issue d’un être vivant ayant partagé notre terre, notre air, au même titre que notre chien ou notre chat adoré.

Mais les humains ont déjà bien du mal à se respecter entre eux, alors les animaux, n’en parlons pas !...

Du reste, notre éducation, nos traditions, notre vie sociale, notre mentalité, notre environnement, et même nos loisirs (chasse, corrida…), tout est organisé pour faire de nous les auteurs et les profiteurs de cet esclavage animal, approuvé et respecté par la majorité des gens !

Aussi, soyons honnêtes, nous n’avons pas le droit de dire que la condition animale nous tient à cœur. L’eau coulera longtemps sous les ponts avant que nous admettions notre responsabilité et décidions que ça ne peut plus durer, car les mentalités sont longues à évoluer.

Et comme on ne peut exiger du reste du monde qu’il fasse la même prise de conscience que soi-même, au même moment, il ne sert à rien de jeter la pierre aux omnivores. Le problème va bien au-delà de la nourriture.

Mais déjà, le parcours initiatique continue : la prochaine étape importante aura lieu à Noël prochain, avec ses menus tout en foie gras et saumon. Bien sûr, pour moi ce sera différent cette année. Il est trop tôt pour y penser, aussi, rendez-vous donc dans quelques mois pour la suite du feuilleton !